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Togo : L’ENAM-L, le CNAO et le CICR renforcent les capacités de 12 orthoprothésistes sur la prise en charge de l’amputation trans-tibiale

(Société Civile Médias) – Alors qu’ils jouent un rôle clé dans le traitement de toutes les pathologies touchant l’appareil musculo-squelettique, les orthoprothésistes ont très peu d’opportunités de formation continue au Togo. Une situation qui ne leur permet pas de mettre à jour leurs connaissances et d’améliorer la qualité des soins. Organisation dont l’une des missions est de protéger la vie et la santé, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) veut contribuer à remédier à cette situation. C’est dans ce cadre qu’il a organisé du 27 juin au 8 juillet 2022, en collaboration avec le Centre National d’Appareillage Orthopédique (CNAO) et l’Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux (ENAM-Lomé), un séminaire sur la prise en charge de l’amputation trans-tibiale (application biomécanique en prothèse).

Anarème Kpandressi, Directeur-adjoint de l’ENAM-Lomé

Tenu dans les locaux de l’ENAM-L à Lomé, le séminaire a réuni 12 orthoprothésistes venus non seulement du Togo, mais aussi du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la République Centrafricaine. A en croire Anarème Kpandressi, Directeur-adjoint de l’ENAM-Lomé, la rencontre s’explique par le souci de renforcer les capacités des professionnels du domaine dans les trois pays invités et sur toute l’étendue du territoire togolais, ainsi que dans les centres partenaires du CICR-Togo. L’objectif étant de permettre aux participants d’améliorer les connaissances qu’ils ont dans le domaine pour mieux prendre en charge leurs patients.

« La formation continue dans le domaine de l’appareillage orthopédique est comme une denrée rare. On n’a pas de centre qui le fasse systématiquement et je ne vous cache pas qu’il y a des spécialistes qui ont été formés il y a 15 ou 20 ans et qui, en dehors de cette formation initiale, n’ont jamais eu la chance de suivre d’autres formations continues. Ils continuent de pratiquer ce qu’ils ont appris il y a plusieurs années alors qu’il y a eu beaucoup d’évolution dans le domaine avec la création et la conception de nouveaux outils. Ce qui joue sur la qualité de la prise en charge des personnes qui ont besoin d’orthèse ou de prothèse », indique-t-il.

Vue des participants lors du séminaire

Accent mis sur la prise en charge de l’amputation trans-tibiale

Le séminaire visait donc à renforcer les connaissances des 12 orthoprothésistes afin qu’ils puissent, à leur tour, former leurs collègues une fois qu’ils retourneront dans leurs centres respectifs.

« Il s’agissait de sensibiliser et de revoir des concepts pour mieux préparer les orthoprothésistes à la prise en charge des patients amputés trans-tibiaux, des patients amputés traumatiques et des patients amputés suite à des complications de pathologie cardio-vasculaire », explique Yann Drouet, Conseiller technique en réadaptation fonctionnelle au CICR et formateur.

L’accent a été mis au cours du séminaire sur l’amputation trans-tibiale vu que les amputations les plus fréquentes (environ 70% des cas) ne sont pas traumatiques mais font suite à des pathologies cardio-vasculaires.

« Il y a une plus grande emphase qui est mise sur les membres inférieurs. Et quand on parle de membres inférieurs, les amputations en dessous du genou qui sont les amputations trans-tibiales sont celles qui sont les plus fréquentes. Et puisque le séminaire visait à rappeler les bases, il fallait choisir un niveau d’amputation qui soit une sorte d’intermédiaire entre les niveaux plus bas et les niveaux élevés. C’est ce qui a déterminé le choix des amputations trans-tibiales comme principal sujet du séminaire », renchérit le Directeur-adjoint de l’ENAM-Lomé.

Yann Drouet, Conseiller technique en réadaptation fonctionnelle au CICR

La rencontre a donc porté sur plusieurs modules à savoir : la prise de moulage, le principe de base sur les amputations (chirurgie, complications), le post-op soins, l’emboiture provisoire, l’éducation du patient, l’évaluation du moignon (prise de mesure – palpations), l’application biomécanique, le thermoformage et la fabrication du manchon.

Les participants ont également eu droit à plusieurs exercices pratiques portant notamment sur la topographie, la modification du négatif et du positif plâtré, la rééducation à la marche TTP avec un kinésithérapeute.

Des participants satisfaits des connaissances reçues

Orthoprothésiste venu de la Côte d’Ivoire, Benjamin Moutou se réjouit des deux semaines de séminaire qui, d’après lui, lui a permis de retenir qu’il faut mettre le patient au centre de tout.

« Il est vrai que notre métier doit nous nourrir, mais on doit d’abord penser au bien-être du patient. Quand il est mal à l’aise avec l’appareil qu’on lui fournit, il ne reviendra plus. C’est donc la qualité du premier service que tu lui offres est ce qui va déterminer qu’il revienne vers toi. Et pour que nous puissions satisfaire le patient, il nous faut nous mettre à jour vu que la technologie évolue. D’où l’importance de ce séminaire du CICR et de ses partenaires qui nous a permis de nous remettre en cause et de découvrir de nouvelles choses sur notre domaine », déclare-t-il, avant d’ajouter qu’une fois au pays, il se chargera de restituer les nouvelles connaissances acquises à d’autres collègues pour leur permettre de se mettre également à jour.

Benjamin Moutou, participant venu de la Côte d’Ivoire

« Cette formation me sera très utile dans la mesure où, dans le centre où je travaille, les prothèses tibiales représentent plus de 50% des appareils orthopédiques que nous réalisons. Donc c’est au quotidien que nous prescrivons et fabriquons ces prothèses. Ce séminaire me permettra d’améliorer les qualités de soins des patients. Et c’est une très bonne chose déjà », indique pour sa part Emma Aladoum, orthoprothésiste venue de Bangui, la capitale centrafricaine.

Participant du Togo, Komlan Midjayé, qui exerce au Centre régional d’appareillage orthopédique (CRAO) de Dapaong (600 km au nord de Lomé), estime que les difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur métier au niveau de leurs différents centres ont été évoquées au cours du séminaire. Ce qui a permis de leur apporter des solutions. Il salue également la phase pratique de la rencontre qui leur a permis de travailler sur des patients avec divers problèmes et de trouver des solutions. « Ceci nous a été très utile », se félicite M. Midjayé. « Les connaissances acquises ici seront utiles pour mon centre en ce sens qu’arrivé chez moi, je vais améliorer mes techniques pour pouvoir offrir une prise en charge adéquate à chaque patient qui se présentera », ajoute-t-il.

Emma Aladoum, orthoprothésiste venue de la Centrafrique

Un aperçu sur le CICR et quelques activités réalisées en 2021

Créé en 1863, le CICR fournit une assistance humanitaire aux personnes touchées par un conflit ou une situation de violence armée et fait connaître les règles qui protègent les victimes de la guerre. Institution neutre et indépendante, le CICR est financé principalement par des contributions financières provenant de gouvernements signataires des conventions de Genève, de dons privés et de Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Les activités du CICR en faveur des personnes touchées par la guerre portent entre autres sur l’action contre les mines, l’aide aux personnes handicapées et la réadaptation physique, la lutte contre le changement climatique et les violences sexuelles.

Komlan Midjayé, participant du Togo

Le Bureau Togo du CICR est couvert par la Délégation régionale d’Abidjan (Côte d’Ivoire) qui chapeaute également les bureaux du Bénin, du Burkina Faso et du Ghana. A travers la délégation d’Abidjan, l’organisation a réalisé plusieurs activités en 2021. En plus d’avoir accompagné les autorités de trois pays pour améliorer les conditions de détention des personnes privées de liberté dans les domaines de la santé, de la nutrition et de l’assainissement des infrastructures pénitentiaires, l’organisation s’est attachée à l’optimisation des ressources logistiques pour alimenter ses importantes opérations humanitaires dans les pays du Sahel voisin, du Lac Tchad ou encore en Afrique Centrale. Le CICR a poursuivi l’accompagnement et le renforcement des capacités des sept Sociétés Nationales de la Croix-Rouge couvertes depuis la Délégation Régionale d’Abidjan et sa Mission à Lomé.

Par ailleurs, le secteur de la réadaptation physique en Afrique de l’Ouest n’a pas été du reste. Il a lui aussi bénéficié d’une attention particulière l’année dernière à travers son équipe de spécialistes basée au Togo.  La délégation est également restée très attentive à l’évolution de la situation humanitaire des populations de certaines régions des pays côtiers qui se voient progressivement exposées à la pression de groupes armés non-étatiques déjà très actifs au Sahel.

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