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mortalité maternelle en période de Covid-19
Des femmes venues en CPN dans un centre de santé à Lomé (capitale du Togo) - Image Brenda ETSEY
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SSR : au Togo, des mesures importantes pour lutter contre la mortalité maternelle en période de Covid-19

(Société Civile Médias) – La grossesse et l’accouchement constituent dans la plupart des cas les principales causes de la mortalité maternelle dans le monde. Du premier mois de la grossesse jusqu’aux six premiers mois après l’accouchement, le risque pour la mère de perdre la vie n’est pas à 0%. La mortalité maternelle est liée à la mort d’une femme au cours de la grossesse, en fin de grossesse ou pendant l’accouchement. Les causes sont multiples ; elles vont des plus fréquentes notamment les hémorragies postpartum (perte importante de sang), la hausse de la tension artérielle, les infections et les complications pendant l’accouchement aux moins fréquentes à savoir des antécédents médicaux tels que le diabète, l’anémie, le paludisme, les affections cardiovasculaires et le VIH qui sont aggravées par la grossesse. Aujourd’hui, des dysfonctionnements liés à la pandémie de la Covid-19 favorisent la hausse des cas de mortalité maternelle. Au Togo, les pouvoirs publics, les ONG ainsi que les Organisations de la Société civile s’impliquent davantage pour la promotion des soins de santé de qualité pour les femmes enceintes et les mères accouchées afin que le taux de mortalité maternelle soit revu à la baisse.

« Aucune femme ne doit mourir en donnant la vie »

Les difficultés d’accès aux soins maternels est une réalité dans beaucoup de pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires. Cette situation est encore plus aggravée par l’état d’urgence sanitaire. En raison des restrictions gouvernementales sur les déplacements, les femmes enceintes sont exposées à des complications liées à la grossesse pouvant provoquer des décès. Il ne faut pas non plus négliger la peur d’attraper le virus responsable de la Covid-19 en se rendant en consultation prénatale (CPN) ou en allant tout simplement pour faire des soins dans les centres de santé à cause de la pénurie d’équipements de protection individuelle, tels que des masques et des gants. Une autre cause de la hausse des cas de mortalité maternelle en période de Covid-19 concerne les difficultés d’accès aux soins prénataux dues à l’indisponibilité des agents de santé, les ressources et le personnel étant réaffectés au traitement des patients de la Covid-19. Dans ces conditions, les femmes choisissent d’accoucher à domicile en mettant leur propre vie et celle de leurs enfants en danger.

Des femmes venues en CPN dans un centre de santé à Lomé (capitale du Togo) – Image Brenda ETSEY

Le poids social de la mortalité maternelle

La mortalité maternelle est étroitement liée à la mortalité infantile. En effet, les enfants âgés de moins de 5 ans, dont les mères décèdent des complications de l’accouchement, ou pour quelque cause que ce soit, sont quatre fois plus exposés à la mort que ceux dont la mère est en vie. La mort d’une mère peut conduire à de grosses pertes en ce qui concerne la santé familiale, l’éducation et l’épanouissement des enfants et la stabilité économique. Le poids économique des femmes en Afrique n’est plus à prouver ; elles représentent 70% de la force de travail et contribuent de manière significative à la santé et à la sécurité financière des familles, et leur décès a un impact direct sur l’économie des familles et par extension sur le PIB national. Par ailleurs, la mortalité maternelle pose un autre problème crucial : la prise en charge des enfants orphelins. Dans la plupart des cas, les familles manquent de ressources pour prendre soin des nouveau-nés ou autres jeunes enfants après la mort d’une mère.

Ces conséquences liées à la mort de la mère durant la naissance ou très tôt après sont aggravées par les difficultés d’éducation et de développement des enfants abandonnés. Ils pourraient développer des problèmes sociaux et des problèmes de santé mentale qui affecteront leurs opportunités futures. Les filles sont particulièrement exposées aux abus, à une activité sexuelle précoce et à des grossesses précoces après la mort de leur mère pendant que les garçons sont tentés par le banditisme, le vol, la consommation de drogue et autres vices.

Mortalité maternelle : quelle est la responsabilité des gouvernants ?

Les progrès accomplis sur plusieurs années ainsi que les acquis en matière de réduction des décès maternels sont sérieusement mis à mal par la pandémie de Covid-19. Le gouvernement et les partenaires travaillent en synergie pour renforcer les systèmes de soins de santé afin d’assurer aux mères et enfants des services de qualité.

Selon les données actualisées au niveau national, 202 045 femmes ont fait au moins une consultation prénatale (soit 70 % de la cible) et 71 437 femmes ayant accouché ont bénéficié de conseils sur l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant dans les formations sanitaires du début de l’état d’urgence sanitaire à la fin du mois de mai 2020. Dans les deux régions (Kara et Savanes) qui bénéficient le plus du soutien de l’UNICEF, 61 277 femmes enceintes soit 82 % ont fait au moins une consultation prénatale à la même période.

Une femme enceinte en train de se faire consulter par la sage-femme – Image Brenda ETSEY

Les pouvoirs publics togolais ont très vite compris l’urgence de prendre des mesures nécessaires afin de rétablir et d’améliorer les services d’obstétrique et les services anténatals et postnatals pour les mères et les bébés. Par conséquent bien avant la pandémie, le Togo s’est engagé dans un projet d’amélioration de l’accès aux soins et aux services de planification familiale. Mis en œuvre depuis 2016, ce projet en lien avec le Plan national de développement sanitaire (PNDS 2016-2022) a permis au Togo de combattre efficacement en 3 ans les taux élevés de mortalité infantile et maternelle et d’accroître l’accessibilité et la qualité des soins.

Notons que la mortalité maternelle (350 pour 100 000 naissances vivantes) au Togo s’explique dans la plupart des cas par la faible accessibilité géographique et financière des populations aux soins obstétriques et néonataux, principalement en milieu rural, ce qui explique ce projet via lequel 22 formations sanitaires bénéficient d’une mise à niveau des soins obstétricaux et néonataux d’urgence, la réhabilitation des structures, l’équipement et la formation du personnel.

A terme, le projet va réduire de 20% la mortalité néonatale, de 25% la mortalité maternelle et augmentera la prévalence contraceptive de 5% dans les régions concernées.

A l’horizon 2025, les dirigeants comptent construire et équiper six (06) centres de santé mère-enfant sur l’étendue du territoire, couplé avec le doublement du nombre d’accoucheuses auxiliaires d’Etat. Cent (100) centres médicaux sociaux seront construits et des centres de santé communautaires existants seront équipés en mettant un accent particulier sur les équipements en soins obstétriques performants Sonu (Soins obstétricaux et néonataux d’urgence). 

Sur le plan de la protection sociale, le gouvernement a mis en place un programme de Revenu Universel de Solidarité (dénommé Novissi) qui vise à fournir aux personnes les plus vulnérables des soutiens financiers mensuels afin de lutter contre la précarité financière en cette période d’urgence sanitaire.

Lutte contre la mortalité maternelle : le cas du e-Centre Convivial

Image twitter eConvivial

Pour leur part, les prestataires de santé sortent des sentiers battus et innovent pour fournir des soins en santé maternelle et infantile en cette période de pandémie. Les systèmes de télé-service sont privilégiés pour procurer des soins maternels et infantiles. Les réseaux sociaux sont mis à contribution et les prestations en ligne ont le vent en poupe.

Dans ce sens, l’application e-Centre Convivial est disponible à travers une version web, une version Android, une version Chatbot automatisé WhatsApp et une version hors-connexion. Depuis l’avènement de la pandémie à coronavirus au Togo, le e-Centre Convivial a renforcé les compétences de tout son personnel médical afin de répondre aux préoccupations des populations en fournissant des informations sûres à travers son application. Le Chatbot whatsapp a été déclenché pour fournir des informations liées au Covid 19 à travers un assistant virtuel avec possibilité de s’auto-tester pour s’assurer qu’il n’est pas exposé à un risque et quand le risque est élevé il est immédiatement référé vers le 111 pour une assistance.

E-Convivial assure par ailleurs le suivi de la grossesse et de la vaccination en envoyant des automates d’appel selon la langue de préférence de la femme enceinte ou de la femme accouchée pour leur rappeler à une semaine de leur rendez-vous CPN ou pour la vaccination de l’enfant. E-Convivial offre également l’assistance en ligne avec des médecins et des sages-femmes qualifiés. Selon Rodrigue Akolly, Concepteur du projet e-Centre Convivial, près de 300 femmes enceintes ont été prises en charge via la plateforme e-Convivial.

Une réalité non négligeable est qu’en cette période d’urgence sanitaire mondiale due au Covid-19, des femmes continuent de perdre la vie en voulant mettre leurs bébés au monde. Selon les chiffres donnés par le « Guide des médias » de Population Reference Bureau (PRB), ce sont plus de 800 femmes par jour en Afrique. Un chiffre qui fait froid dans le dos. Pendant que des études prédisent une hausse des cas de mortalité maternelle, les pays du continent dont le Togo prennent des mesures pour revoir à la baisse le taux de mortalité maternelle dans des conditions sanitaires difficiles en cette période de coronavirus.

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